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Drôle de destinée que celle de François Fillon : outsider de la primaire de la droite, puis champion de la présidentielle pour finir empêtré dans le PenelopeGate, le candidat des Républicains a traversé, bien malgré lui, une histoire qui en rappelle une autre…

Dans « Le Héros aux milles et un visages », publié en 1949, le mythologue Joseph Campbell raconte le voyage d’un héros, qu’il dégage de l’étude de différentes mythologies. Dans cette publication, Campbell élabore sa théorie du monomythe, qu’il développera dans ses ouvrages suivants. Il est ainsi persuadé que tous les récits partagent une narration commune, qui serait la manière « idéale » de raconter une histoire.

Le monomythe se compose de plusieurs grandes étapes : Un appel à l’aventure, que le héros doit accepter ou décliner. Un cheminement d’épreuves, où le héros réussit ou échoue. Une renaissance, l’acceptation finale de son statut d’héros, la réalisation du but ou du gain, qui l’amène à payer un lourd tribut mais qui lui apporte souvent une meilleure connaissance de lui-même. Un retour vers le monde ordinaire, où le héros réussit ou échoue. L’utilisation du gain, qui peut permettre d’améliorer le monde.

Cette narration, simple en apparence, devient dans les mains de nombreux story-tellers et autres spins doctors une véritable grille de lecture, surtout lorsqu’il s’agit de bâtir un récit autour d’un homme politique.

Prenons François Fillon. Député depuis ses 26 ans, puis premier ministre de Nicolas Sarkozy, il a toujours été l’homme de l’ombre, le faiseur habile et discret, c’est son statu quo dans ce que Campbell appelle le Monde Ordinaire. Mais, en 2016, il y a l’appel de l’aventure, avec son annonce de candidature aux primaires de la droite. Il est alors l’outsider, au milieu des poids lourds que sont Juppé et Sarkozy. Pour la première fois, il mène une campagne présidentielle : il pénètre dès lors dans le monde extraordinaire, et s’extirpe de sa condition. C’est la fameuse idée de la destinée, centrale dans la construction et la justification d’un candidat à l’élection présidentielle.

Peu à peu, le héros se révèle à lui même donc, affronte des dangers : les débats et les échanges musclés entre les candidats, et finit par triompher, obtenant le gain de sa quête. Cette étape, François Fillon la franchit en deux temps : d’abord la révélation, au moment du premier tour, avec son plébiscite au premier tour de la primaire, avec 44,1%. Une surprise, mais aussi dans la narration Campbelienne la « renaissance » du héros, et son acceptation finale. A ce moment, la machine Fillon est en marche : il gagne l’investiture, devenant officiellement candidat de la droite à la présidentielle. Le gain ultime ? On le devine, la victoire. Mais comme dans les récits de Campbell, la victoire ne vient pas sans un prix : au coeur de la campagne, le Penelope Gate éclate, mettant un danger la famille politique de François Fillon, mais aussi son image et celle de ses proches. Depuis, difficile pour le candidat de remonter la pente des sondages.

Il est surprenant de voir comment, malgré lui, l’histoire de François Fillon colle à la structure du monomythe de Campbell. Mais, comme le souligne Richard Mèmeteau dans son livre sur la Pop Culture : « le monomythe a de ce point de vue le charme des horoscopes qu’on continue à lire même lorsqu’ils se contredisent. » Mais qu’importe, le monomythe est une base, donnant des indications qui structurent un récit pour le rendre cohérent et lui apporter des ruptures et des progressions. La preuve en est, Fillon a été, malgré lui, un héros Campbellien.

Mais l’histoire de François Fillon n’est pas finie, alors que beaucoup pensait qu’elle aurait pu s’arrêter aujourd’hui avec son annonce surprise de ce midi. Reste à savoir si, cette fois, François Fillon reprendra la main sur son histoire et si Campbell aura raison jusqu’au bout, en prédisant le retour dans le monde ordinaire avec le gain, qui on le devine, est la présidence de la République.
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